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La disparition de l'amour

06/27/2022 - 17:15

Enfant laissé en crèche trop tôt. Enfant abandonné au berceau, enfant à qui l’on confisque l’amour, enfant à qui l’on dicte ce qu’il doit être et ressentir.

Le pleur qui secoue l’enfant laissé n’est rien d’autre que l’expression entière de son déséspoir. J’avance qu’il est contre-nature d’abandonner son propre enfant aux griffes d’une tristesse inconsolable et pourtant, de gré ou de force, c’est à ce drame intérieur que nous les condamnons.

“Mais je l’aime.”

Aimer, c’est choisir, c’est lier, c’est tendre ensemble vers tous les futurs et tous les potentiels, c’est prendre par la main, c’est ouvrir une porte. Mais aimer, ce n’est jamais un sentiment. Aimer, ce n’est pas quelque chose qui nous arrive. C’est le mode par lequel nous choisissons de vivre avec l’autre. Un enfant n’a que faire de ce qui se trame dans nos têtes quand la nuit vient. Le réel de l’amour se dessine pour l’être aimé dans les contours de nos choix.

“Mais je dois.”

Notre vie entière est cousue de devoirs envers les autres et envers soi. Mais comprenons que la manière dont nous hiérarchisons ces devoirs (envers l’enfant, envers la société, envers l’employeur, envers le reste de la famille…) est le langage que nous utilisons pour aimer. Tourner son dos à une promotion ou une carrière toute entière, sont aussi les signaux que nous envoyons vers l’être désormais déclaré priorité que nous l’aimons.

“Je n’ai pas le choix.”

C’est sans doute l’une des expressions coércitives les plus violentes de notre société que de contraindre des parents aimants à se détacher de leur enfant afin qu’ils puissent s’aggriper à une vie décente. Mais là encore, faut-il être traversé par cette violence, faut-il encore la ressentir, la laisser se fracasser contre tout notre être.

L’enfant comprendra le parent menacé, le parent opprimé, le parent à bout de souffle car l’enfant est bienveillant. Comprenons en retour que le pleur de l’enfant n’est jamais un effort de manipulation — car la manipulation est l’apanage de l’adulte — mais simplement l’expression entière d’un besoin d’amour fondamental. Il me semble que décliner cet amour, c’est refuser à l’enfant son socle existentiel.

J’avance qu’une société qui laisse pleurer ses propres enfants pour assouvir ses nihilismes est une société qui laisse disparaître l’amour. C’est donc une société condamnée. Car si l’on croit à une écologie du vivant, l’enfant aimé (dans les actes et les choix) devient nécessairement l’adulte aimant, gardien du cercle vertueux et régénérateur de l’âme humaine.